AMP, AMCE et autres sites d’intérêt : quelles synergies pour le 30×30 ?

Article préparé par SPA/RAC et MedPAN

En Méditerranée, plusieurs types de mesures et de désignations spatiales sont associés à la conservation de la biodiversité, mais n’ont pas tous la même portée au regard de l’objectif 30×30. Cet article, deuxième de la série préparée dans le cadre du Forum des AMP en Méditerranée, s’appuie sur les définitions de MAPAMED, la base de données des aires marines protégées de Méditerranée du SPA/RAC et de MedPAN, et sur le rapport du statut des AMP de Méditerranée 2025 pour clarifier et expliquer les conditions dans lesquelles les AMP et les Autres mesures de conservation efficaces par zone (AMCE) peuvent contribuer pleinement à l’objectif de conserver et gérer efficacement au moins 30 % des zones marines et côtières d’ici 2030. Pour un état des lieux chiffré des AMP en Méditerranée, le lecteur peut se reporter au premier article de la série, consacré au statut des AMP.

Développée conjointement par MedPAN et le SPA/RAC, et validée par les Points focaux pour les Aires spécialement protégées et la Diversité biologique (ASP/DB) des Parties contractantes à la Convention de Barcelone, la base de données MAPAMED ne se limite pas qu’aux AMP. Elle distingue trois catégories de sites, chacune répondant à une définition spécifique.

Iles Kuriat – Par SPA/RAC, Louis-Marie Préau

Dans MAPAMED, une AMP est un espace géographique marin clairement défini (y compris les lacs et lagunes côtiers reliés à la mer, avec les eaux qui les recouvrent), reconnu, dédié et géré, par des moyens juridiques ou d’autres moyens efficaces, afin d’assurer la conservation à long terme de la nature, ainsi que des services écosystémiques et des valeurs culturelles associés.

Cette définition s’inspire de celle de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), qui précise qu’une zone marine autorisant des activités extractives sans objectifs de conservation à long terme ne constitue pas une AMP.

Les 1 152 AMP recensées actuellement en Méditerranée relèvent de trois types de désignation, à savoir :

  • Les AMP à statut national : toutes les AMP légalement désignées par un État. Le rapport 2025 sur le statut des AMP recense 84 désignations nationales différentes.
  • Les sites Natura 2000 en mer, désignés au titre des directives européennes « Oiseaux » et « Habitats », uniquement dans les huit pays méditerranéens membres de l’UE. Tous n’offrent pas le même niveau de protection : les sites d’importance communautaire (SIC), les zones spéciales de conservation (ZSC) et les zones de protection spéciale (ZPS) sont assimilés à des AMP, tandis que les sites simplement proposés (pSIC) sont classés parmi les sites d’intérêt pour la conservation.
  • Le Sanctuaire Pelagos, créé par l’accord de 1999 entre la France, l’Italie et Monaco, est la seule AMP à désignation internationale. Géré par ces trois pays, il couvre à la fois des eaux côtières et la haute mer.

La Liste des ASPIM (Aires spécialement protégées d’importance méditerranéenne) a été établie en 2001 dans le cadre du Protocole ASP/DB de la Convention de Barcelone. Cette désignation particulière se superpose nécessairement à un statut juridique existant. Sa valeur ajoutée est toutefois remarquable en haute mer — comme l’illustre le Sanctuaire Pelagos —, où elle permet de faire formellement reconnaître le site par l’ensemble des Parties contractantes au Protocole. À ce jour, les 39 ASPIM inscrites sur cette liste couvrent 5,5 % du bassin méditerranéen.

La notion d’AMCE (OECM en anglais) a été introduite en 2010 par l’objectif 11 d’Aichi. En 2018, la Convention sur la diversité biologique (CDB) en a adopté la définition suivante : une zone géographiquement définie, autre qu’une aire protégée, gouvernée et gérée de manière à obtenir des résultats positifs et durables à long terme pour la conservation in situ de la biodiversité, ainsi que pour les fonctions et services écosystémiques associés et, le cas échéant, les valeurs culturelles, spirituelles, socio-économiques et autres valeurs locales pertinentes.

Le critère distinctif tient au caractère obligatoire de l’objectif : une aire protégée a pour objectif premier et explicite la conservation de la biodiversité. En revanche, une AMCE peut avoir un objectif de conservation principal, secondaire ou même accessoire (voire aucun objectif de conservation), mais doit obligatoirement produire des résultats de conservation effectifs, mesurables et durables in situ.

À ce jour, aucune AMCE marine située en Méditerranée n’a été officiellement notifiée, et aucune ne figure donc dans la base de données MAPAMED.

Sterna albifrons – photo by SPA/RAC, Louis-Marie Préau

Cette catégorie regroupe les zones qui, en dehors des AMP et des AMCE, sont au moins partiellement marines, clairement délimitées et présentent un intérêt identifié pour la conservation de la biodiversité marine. Ils peuvent ouvrir des perspectives pour la création ou l’extension d’AMP et la reconnaissance d’AMCE. MAPAMED y classe notamment :

  • Les zones de pêche réglementées (FRA), établies par la Commission générale des pêches pour la Méditerranée (CGPM), dans lesquelles certaines activités de pêche sont interdites ou réglementées, temporairement ou définitivement, afin de protéger des stocks, des habitats et des écosystèmes profonds. Elles comprennent trois catégories : les écosystèmes marins ☺vulnérables, les habitats essentiels des poissons et les habitats et ressources en eaux profondes. En Méditerranée et en mer Noire, dix FRA concernent 1 760 000 km² d’habitats marins. Cela inclut une vaste FRA de 1 730 000 km², dans laquelle l’utilisation de dragues remorquées par bateau et de chaluts est interdite dans toutes les eaux de plus de 1 000 mètres de profondeur afin de protéger les habitats benthiques (site web de la CGPM).
  • Les zones maritimes particulièrement sensibles (PSSA) de l’Organisation maritime internationale (OMI), où des mesures spécifiques peuvent être prises pour contrôler les activités maritimes. Deux sites ont été désignés en Méditerranée : le détroit de Bonifacio (France et Italie, 2011) et le nord-ouest de la mer Méditerranée (France, Italie, Monaco et Espagne, 2023). Ce dernier englobe deux ASPIM : le Sanctuaire Pelagos et le Corridor de migration des cétacés (site web de l’OMI).
  • Les sites Ramsar, désignés au titre de la Convention sur les zones humides, qui encourage leur conservation, leur utilisation rationnelle ainsi que l’élaboration de plans de gestion et de suivi.
  • Les sites du patrimoine mondial et les réserves de biosphère de l’Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO), qui cherchent à encourager l’identification, la protection et la préservation du patrimoine culturel et naturel à travers le monde considéré comme ayant une valeur exceptionnelle pour l’humanité.
  • Les zones marines d’importance écologique ou biologique (ZIEB, ou EBSA en anglais), des zones spéciales de l’océan qui jouent un rôle important, d’une manière ou d’une autre, dans le bon fonctionnement des océans et les nombreux services qu’ils fournissent. Ces zones sont officiellement examinées et validées par la Conférence des Parties (COP) à la CDB.
  • Les habitats critiques pour les cétacés (CCH), identifiés dans le contexte de l’Accord sur la conservation des cétacés de la mer Noire, de la Méditerranée et de la zone atlantique adjacente (ACCOBAMS) afin de proposer des mesures appropriées de gestion des menaces ou de gestion spatiale. L’identification des nouvelles zones est basée sur le chevauchement des Aires importantes pour les mammifères marins (IMMA) et la cartographie des menaces anthropiques.
  • Les aires d’importance pour la conservation des oiseaux (IBA) et les Zones clés pour la biodiversité (KBA) : le partenariat BirdLife travaille collectivement à l’identification, à la documentation et à la protection des sites les plus importants pour la conservation des oiseaux dans le monde, appelés aires importantes pour les oiseaux et la biodiversité (IBA). S’appuyant sur les critères des IBA et des désignations de sites similaires, BirdLife a soutenu l’élaboration par l’UICN de la norme relative aux zones clés pour la biodiversité (KBA) afin d’identifier les sites qui contribuent de manière significative à la persistance de la biodiversité à l’échelle mondiale. Quasiment toutes les IBA existantes sont considérées comme des KBA.
  • Les aires importantes pour les requins et les raies (ISRA), des zones d’habitat tridimensionnelles distinctes, importantes pour une ou plusieurs espèces de requins, qui sont délimitées et peuvent faire l’objet d’une gestion axée sur la conservation. La liste des ISRA est gérée par une équipe internationale de scientifiques et d’experts, sous l’égide et la responsabilité du Groupe de spécialistes des requins de l’UICN.
Photo par le SPA/RAC

Parmi les différentes mesures et désignations spatiales recensées, seules les aires marines protégées officiellement désignées contribuent actuellement au calcul régional de la couverture spatiale au titre de l’objectif 30×30. À ce jour, aucune AMCE n’a été officiellement notifiée en Méditerranée. Quant aux autres sites d’intérêt pour la conservation, ils ne peuvent être comptabilisés comme des AMP ou des AMCE sans répondre aux critères correspondants.

La contribution d’un site à l’objectif 30×30 ne dépend pas uniquement de sa désignation ou de sa superficie. Il doit répondre aux critères d’une aire protégée ou d’une AMCE, puis être reconnu et déclaré comme tel. Sa contribution à la cible dépend également d’une gestion efficace et de la capacité des mesures de conservation à générer des bénéfices durables pour la biodiversité. Elle doit donc être évaluée au regard de plusieurs dimensions complémentaires : l’efficacité de la gestion, le niveau de protection, la représentativité écologique, la connectivité et l’équité de la gouvernance.

Pour contribuer pleinement au 30×30, une AMP ou une AMCE doit disposer notamment d’objectifs de conservation clairement définis, d’un plan de gestion appliqué, de moyens humains et financiers adaptés, d’actions effectivement mises en œuvre, d’une gouvernance équitable ainsi que d’un dispositif de suivi permettant d’évaluer les résultats obtenus et d’adapter la gestion.

L’existence de zones bénéficiant d’un niveau de protection renforcé au sein d’une AMP constitue également un élément important de l’efficacité d’une AMP. Selon les activités qui y sont interdites, plusieurs niveaux peuvent être distingués :

  • Les zones de non-pêche, où les activités de pêche professionnelle ou récréative et l’aquaculture sont interdites.
  • Les zones de non-prélèvement, où toutes les activités extractives sont interdites.
  • Les zones d’accès interdit, où toutes les activités sont interdites, à l’exception de la surveillance, des activités scientifiques et des interventions d’urgence.

Ces différents niveaux de protection renforcée peuvent réduire directement les pressions exercées sur les espèces et les habitats. Lorsqu’ils sont adaptés aux enjeux écologiques du site, effectivement appliqués et associés à un suivi, ils peuvent renforcer la résilience des écosystèmes marins et améliorer les résultats de conservation obtenus à l’échelle de l’AMP.

La contribution au 30×30 dépend aussi de l’emplacement des AMP et des AMCE. Un réseau écologiquement représentatif doit couvrir la diversité des écosystèmes, des habitats et des espèces de Méditerranée, y compris les écosystèmes du large.

Les sites d’intérêt pour la conservation, tels que les EBSA, CCH, IMMA, IBA, KBA et ISRA, peuvent orienter la création ou l’extension des AMP et l’identification d’AMCE en signalant les zones prioritaires et les lacunes du réseau existant.

Une trajectoire crédible vers 2030 doit ainsi combiner l’extension de la couverture spatiale et l’amélioration de sa qualité. Elle repose sur des AMP et des AMCE gérées de manière effective, dotées de mesures réellement mises en œuvre et, lorsque les enjeux le justifient, de zones de protection renforcée. Elle suppose également un réseau écologiquement représentatif et connecté, dont l’emplacement tient compte des zones importantes pour la conservation, ainsi qu’une gouvernance équitable et des moyens suffisants pour garantir des résultats durables pour la biodiversité. Face à l’urgence de connecter la rive nord (qui concentre 97,5 % des surfaces désignées) à la rive sud, la coopération régionale s’impose comme un levier incontournable.

Ces questions seront au cœur des discussions du 4e Forum des aires marines protégées de Méditerranée, qui se tiendra du 15 au 17 décembre 2026 à Alexandrie, en Égypte. Les conclusions du rapport 2025 sur le statut des AMP de Méditerranée, dont la publication est prévue fin 2026, alimenteront les échanges entre gestionnaires, décideurs publics, scientifiques et bailleurs de fonds, afin de partager des solutions et de définir des priorités communes.


Sources

MedPAN et SPA/RAC (2026), MAPAMED, la base de données des aires marines protégées en Méditerranée, manuel d’utilisation, version juillet 2026 ; MAPAMED, édition 2024, © 2026 par SPA/RAC et MedPAN, licence CC BY-NC-SA 4.0, https://www.mapamed.org/ ; MedPAN & UNEP/MAP-SPA/RAC (2026), The 2025 Status of Marine Protected Areas in the Mediterranean ; CDB (2022), Cadre mondial de la biodiversité de Kunming-Montréal, objectif 3.


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